Sanctions NIS2 : ce que risque vraiment votre entreprise

  • 7 août 2026
  • Nicolas Belliard
  • 13 min read
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L’essentiel à retenir : la directive prévoit jusqu’à 10 millions d’euros ou 2 % du chiffre d’affaires mondial, le montant le plus élevé des deux étant retenu. Mais l’amende n’est ni la première ni la plus fréquente des sanctions : les autorités disposent d’abord d’injonctions, d’audits imposés et de la publicité du manquement. Et l’amende n’étant pas assurable, seuls les frais annexes relèvent de votre contrat cyber.

Une sanction NIS2 ne tombera pas parce que vous avez subi une attaque. Elle tombera parce que vous n’aurez pas su montrer ce que vous aviez mis en place avant. La nuance est capitale : le régulateur juge votre diligence, pas votre malchance.

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Les montants prévus par la directive

Deux plafonds coexistent selon votre classement. Pour une entité essentielle, 10 millions d’euros ou 2 % du chiffre d’affaires annuel mondial. Pour une entité importante, 7 millions ou 1,4 %. Dans les deux cas, c’est le montant le plus élevé qui s’applique, pas le plus faible.

Ce détail change tout pour une ETI. Une entreprise à 400 millions d’euros de chiffre d’affaires classée essentielle s’expose théoriquement à 8 millions d’euros, donc au pourcentage. Une PME à 20 millions s’expose au plafond fixe de 10 millions, très au-delà de sa capacité financière.

Classement Plafond fixe Plafond proportionnel Règle appliquée
Entité essentielle 10 M€ 2 % du CA mondial Le plus élevé des deux
Entité importante 7 M€ 1,4 % du CA mondial Le plus élevé des deux

Source : directive (UE) 2022/2555, article 34. Les montants définitifs applicables en France dépendront de la loi de transposition.

Définition : sanction administrative

Mesure prononcée par une autorité publique, ici l’ANSSI, sans passer par un juge pénal. Elle vise à faire cesser un manquement et à dissuader. Son caractère personnel explique qu’elle ne soit pas assurable en droit français. Source : Legifrance.

Sanctions prévues par la directive NIS2 pour les entreprises

Ce qui arrive avant l’amende

L’amende est le dernier étage. Avant elle, l’autorité dispose d’un arsenal gradué que la plupart des dirigeants ignorent, et qui coûte souvent plus cher en pratique.

Elle peut vous adresser un avertissement, vous enjoindre de corriger dans un délai contraint, vous imposer un audit de sécurité à vos frais, exiger que vous informiez vos clients d’une vulnérabilité, ou rendre public le manquement constaté. Cette dernière mesure est redoutable : elle transforme un dossier technique en problème commercial.

La publicité du manquement coûte plus qu’une amende

Pour une entreprise qui vend à des grands comptes, voir son nom associé publiquement à un manquement de cybersécurité déclenche immédiatement des audits clients, des demandes de garanties contractuelles et parfois des déréférencements. Aucun contrat d’assurance ne rachetera cette perte de confiance.

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Cabinet indépendant près de Rennes, nous vérifions notamment l’étendue de la garantie frais de défense, celle qui joue en cas de procédure administrative. Elle varie fortement d’un contrat à l’autre.

La sanction qui vise les dirigeants

La directive permet aux autorités d’interdire temporairement l’exercice de fonctions dirigeantes, pour les entités essentielles, en cas de manquement persistant. C’est la mesure la plus lourde du texte, et la plus commentée dans les conseils d’administration.

Elle s’ajoute à l’obligation de formation imposée aux membres de l’organe de direction. Un dirigeant ne pourra plus plaider l’incompétence technique : le texte présuppose qu’il ait été formé.

Cas pratique

La situation. Un opérateur de traitement des déchets en Ille-et-Vilaine, 210 salariés, classé entité essentielle.

L’incident. Un contrôle révèle l’absence de procédure de déclaration d’incident et de sauvegarde déconnectée. Injonction de corriger sous quatre mois.

Le dénouement. Les mesures sont déployées dans les délais, aucune amende n’est prononcée. Le coût réel aura été l’audit imposé et six mois de mobilisation interne.

Vos frais de défense sont-ils couverts ?

Nous relisons cette garantie ligne à ligne, c’est celle qui joue face à une autorité et celle qui varie le plus entre contrats.

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Ce qui est assurable et ce qui ne l’est pas

L’amende elle-même n’est pas assurable. Les sanctions administratives sont considérées comme non assurables en droit français, au nom du caractère personnel de la peine. Le raisonnement vaut déjà pour les amendes CNIL et vaudra pour NIS2.

Le reste l’est. Frais d’avocat, frais d’expertise technique, coûts de mise en conformité d’urgence dans certains contrats, gestion de crise et communication : ces postes forment la majeure partie de la facture d’une procédure. Un contrat cyber bien négocié les prend en charge, un contrat d’entrée de gamme les plafonne très bas.

Le partage assurable et non assurable
  • Non assurable : l’amende administrative prononcée par l’autorité.
  • Assurable : les honoraires d’avocat et de conseil pour vous défendre.
  • Assurable : l’expertise technique demandée pour démontrer votre diligence.
  • Assurable : la gestion de crise et la communication vers vos clients.
  • Variable selon contrat : les frais de mise en conformité imposés par injonction.

À partir de quand les sanctions tomberont

Pas avant que la loi française ne soit promulguée, ce qui n’était pas le cas au 3 août 2026. Le projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques a été adopté au Sénat le 12 mars 2025 et en commission spéciale à l’Assemblée le 10 septembre 2025, l’examen en séance publique étant programmé pour juillet 2026.

Les travaux préparatoires évoquent une montée en charge progressive : enregistrement des entités d’abord, premiers audits ensuite, régime de sanctions pleinement effectif dans un second temps. Personne ne recevra d’amende le lendemain de la publication au Journal officiel. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille attendre, comme nous l’expliquons dans notre article sur le périmètre de NIS2.

« NIS 2 rentrera en vigueur en France dès lors que l’ensemble des textes de transposition, loi, décrets et arrêtés, auront été promulgués. »

ANSSI, documentation officielle MonEspaceNIS2, cyber.gouv.fr, 2025

Dirigeant évaluant le risque de sanction NIS2

Comment réduire concrètement le risque

La meilleure protection contre une sanction n’est pas d’être parfait, c’est d’être capable de prouver ce que vous avez fait et quand. Le régulateur sanctionne l’absence de diligence, rarement l’imperfection technique.

Concrètement : datez et conservez vos analyses de risque, vos comptes rendus de conseil abordant la cybersécurité, vos tests de restauration de sauvegarde, vos formations. Ces traces valent plus qu’un outil coûteux acheté sans preuve d’usage. Le coût réel d’une cyberattaque et celui d’une procédure se réduisent avec les mêmes documents.

Le conseil de Monsieur Courtier

Mettez un point cybersécurité à l’ordre du jour d’un conseil par an, et faites-le figurer au procès-verbal. C’est la trace la moins chère et la plus solide de la diligence de votre organe de direction, exactement ce que NIS2 exige. Elle sert aussi à l’assureur pour apprécier votre gouvernance, comme détaillé sur notre page assurance cyber entreprise.

« Le nombre d’entités régulées passe d’environ 500 sous NIS1 à environ 15 000 sous NIS2, réparties sur dix-huit secteurs. »

Synthèse des travaux parlementaires sur le projet de loi résilience, Sénat, 2025

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Questions fréquentes

Quel est le montant maximal d’une amende NIS2 ?

10 millions d’euros ou 2 % du chiffre d’affaires annuel mondial pour une entité essentielle, le montant le plus élevé des deux étant retenu. Pour une entité importante, 7 millions ou 1,4 %.

Une amende NIS2 peut-elle être couverte par une assurance ?

En règle générale non. Les sanctions administratives sont considérées comme non assurables en droit français. En revanche, les frais de défense, d’expertise et de gestion de crise sont couverts par un contrat cyber correctement négocié.

Sera-t-on sanctionné dès la première attaque ?

Non. NIS2 sanctionne le manquement aux obligations, pas la survenance d’un incident. Une entreprise diligente qui subit une attaque sophistiquée n’a pas vocation à être sanctionnée. Une entreprise négligente qui n’a rien mis en place s’expose, même sans incident.

Les sanctions s’appliquent-elles déjà en France ?

Non, pas au 3 août 2026. La loi de transposition n’était pas promulguée. Les sanctions ne seront applicables qu’une fois la loi et ses textes d’application publiés, avec vraisemblablement une montée en charge progressive.

Un dirigeant peut-il être interdit d’exercer ?

La directive le prévoit pour les entités essentielles, à titre temporaire et en cas de manquement persistant après injonction. C’est une mesure de dernier recours, mais elle figure bien dans le texte.

Que faut-il conserver pour prouver sa diligence ?

Vos analyses de risque datées, les procès-verbaux de conseil traitant du sujet, les rapports de test de restauration de sauvegarde, les attestations de formation et les échanges avec vos prestataires. Ce sont ces traces qui vous défendront.

La publicité du manquement est-elle vraiment utilisée ?

La directive l’autorise explicitement parmi les mesures à disposition des autorités. Son effet dissuasif est considéré comme supérieur à celui de l’amende pour les entreprises en relation avec des donneurs d’ordre exigeants.

Nicolas Belliard, courtier expert en assurance cyber et RC Pro à Rennes

Nicolas Belliard

Expert en Responsabilité Civile Professionnelle

Courtier spécialisé en RC Pro et en assurance cyber, Nicolas accompagne les indépendants, professions libérales et dirigeants d’entreprises dans la protection de leur activité.